Cryptopornographie, Crypto et Porno, le perfect match ?

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Crypto & Porno

 

Les cryptos qu’est-ce que c’est ?

Pour rappel, les cryptomonnaies sont des monnaies virtuelles et complètement décentralisées. Elles ne sont donc pas fiduciaires, il n’y a ni pièces ni billets et il n’y a pas d’intermédiaire lors des transactions, comme c’est habituellement le cas avec la banque pour un virement classique. Cela favorise des transactions beaucoup plus rapides, avec moins de frais.

Il existe aujourd’hui de très nombreuses cryptomonnaies et toutes sont basées sur le même système, la blockchain, un réseau informatique servant à valider, sécuriser et stocker toutes les transactions. Grâce à des blocs qui se génèrent les uns à la suite des autres formant ainsi une chaîne de blocs, il héberge et communique de manière transparente, toutes les informations et transactions concernant la monnaie en question.

Il existe cependant différentes blockchains, et toutes les cryptos ne sont pas compatibles avec toutes les blockchains.

Enfin on notera que le bitcoin étant la première cryptomonnaie, à l’origine du protocole de la blockchain, on appellera altcoin toutes les autres cryptos, c’est-à-dire des « coins » alternatifs, ou encore des monnaies alternatives. Il y en a des milliers et elles fonctionnent à peu près comme le bitcoin, elles ont cependant été élaborées à partir de différents protocoles pour donner naissance à de différents projets.

 

Quel rapport avec le porno ?


Pornhub, le roi des sites pornographiques, est l’un des sites web les plus consultés du monde, avec une audience d’au moins  3,5 milliards de visites mensuelles et un contenu de plus de 6 millions de vidéos chargées chaque année.

Fin 2020, à la suite d’une polémique, le site a été accusé d’héberger des vidéos pédopornographiques et de viols. Même si Pornhub a, pour sa part, refusé de telles allégations, la plateforme a quand même été coupée par Visa et MasterCard qui ne souhaitaient plus être associés au site.

Pour rappel, Paypal avait déjà bloqué Pornhub de la même manière en 2019, et la plateforme avait depuis progressivement ajouté des cryptomonnaies tel que le Bitcoin comme moyen de paiement pour des services premium, nous amenant à nous demander si le porno pourrait devenir l’un des vecteurs de développement de l’usage des cryptomonnaies comme il l’a fait pour d’autres technologies par le passé comme les cassettes VHS et les DVD avant l’essor d’internet.

En réponse aux sanctions de Visa et MasterCard et les internautes ne pouvant plus payer pour du contenu premium avec leurs cartes de crédit, Pornhub a décidé de n’autoriser que les paiements en cryptomonnaies dans certaines régions comme l’Amérique du Nord, le Royaume-Unis ou encore Singapour, et a ajouté jusqu’à 13 cryptomonnaies pour acheter du contenu, dont le Monero qui est un altcoin réputé pour permettre des transactions 100% anonymes.

Par la suite Pornhub a communiqué sur un programme visant à épurer sa plateforme de tout contenu illégal après avoir déclaré que la décision de Visa et MasterCard pénaliserait surtout les créateurs de contenu. « Si les artistes ne peuvent plus accepter les cartes Visa et MasterCard, ils gagneront moins d’argent, ce qui est problématique car beaucoup de gens l’utilisent comme leur principale source de revenus ».    
Certaines actrices et acteurs s’étaient d’ailleurs vu proposer par le site de configurer leurs propres portefeuilles en ligne afin de recevoir leurs paiements en USDT (ou Tether), un des stable coin du dollar. Les crypto-monnaies stables (stable coins) ont pour objectif de répliquer la valeur d’un actif, comme le dollar dans le cas de Tether, sans être soumis à la volatilité du marché.

Si les cryptos permettent davantage de discrétion aux utilisateurs, et aux plateformes d’avoir moins de frais de carte de crédit, leur usage pourrait surtout permettre aux plateformes du genre de ne pas dépendre des moyens de paiement traditionnels.

Même si certains auraient préféré qu’elles servent à des échanges dits plus « nobles », cela reste une validation de plus de leur fonction en tant que monnaie.

Le 23 septembre 2010, sur le forum bitcointalk, le fondateur du bitcoin aurait d’ailleurs partagé « Bitcoin serait pratique pour les personnes qui n’ont pas de carte de crédit ou qui ne veulent pas utiliser les cartes dont elles disposent, soit parce qu’elles ne veulent pas que leur conjoint le voit sur la facture, soit parce qu’elles n’ont pas confiance en la possibilité de donner leur numéro à des “mecs du porno”, ou encore parce qu’elles ont peur d’une facturation récurrente. » Satoshi Nakamoto.

Avec internet, les stars du X ont vu leurs sources de revenus se réduire de plus en plus, bien que paradoxalement elles gagnent davantage de fanbase et se font connaître. En effet la problématique comme quoi les créateurs de contenus ne sont pas assez bien rémunérés revient depuis des années dans l’industrie du X, et a poussé nombre d’entre eux à se tourner vers de nouvelles plateformes comme OnlyFans, qui leur permet d’interagir directement avec leur communauté et de gérer eux même leur activité afin d’en tirer de plus larges bénéfices. Cependant aux vues des problèmes qui sont survenus sur ces plateformes, il n’était qu’une question de temps avant que l’on retrouve des projets similaires du côté des cryptos !

En août 2021, des difficultés avec les banques ont poussé la plateforme OnlyFans à annoncer qu’elle comptait bannir les contenus à caractère sexuel qui ont pourtant contribué à sa popularité. Cet épisode pourrait accélérer le passage aux cryptomonnaies pour permettre des paiements anonymes en dehors du système bancaire traditionnel.

 

Parlons NFT


Un NFT, non-fungible token ou jeton non fongible, est un format numérique permettant d’associer à tout objet virtuel, à tout actif numérique, un certificat d’authenticité enregistré sur la blockchain, qu’il s’agisse d’une image, d’une photo, d’un gif, d’une vidéo…

Pokmi initialement appelé RarePorn est un projet français associant NFT et contenu pour adulte, né en mai 2021 de deux entrepreneurs, Nils Lataillade et Marco Garniga, ainsi que d’un grand nom français dans l’industrie des contenus pour adultes, Fred Coppula.
C’est en août 2021que Pokmi a clôturé une première ICO (Initial Coin Offering, une méthode de levée de fonds durant la phase de démarrage d’un projet), de 10,7 millions de dollars, par la vente de près de 1,5 milliard de dollars de PKN, le jeton créé par la plateforme. L’équipe Pokmi aujourd’hui bien implantée à Los Angeles est 100% publique, et soutenue par plusieurs grandes stars de contenus pour adultes, elle  fait également l’objet d’articles dans de nombreux journaux nationaux et internationaux.

Le white paper (un document numérique présentant le projet à la base de la création d’une cryptomonnaie aux investisseurs) est d’ailleurs disponible sur le site depuis l’annonce de l’ICO.

Le but de la plateforme a été de créer un écosystème pour connecter des stars de l’industrie du porno et des créateurs de contenu amateurs avec leurs fans par le biais d’achat et de vente de NFT, permettant de vendre à sa communauté des images, des vidéos et autres actifs numériques appelés NFP « Non Fungible Porn tokens » sur la plateforme.

Pokmi se veut être un Instagram version porno, une place de marché et une plateforme de streaming, où il faudrait payer avec du Poken (PKN) afin d’acquérir du contenu posté sous forme de NFT par un des créateurs de contenus que l’on suit. Les utilisateurs peuvent également acheter des objets de collection tels que les sous-vêtements portés par leur actrice préférée, des talons, des vidéos érotiques, etc. Il est également possible de donner des pourboires aux créateurs et aux stars du secteur, en contrepartie les spectateurs peuvent être récompensés par la plateforme, en PKN, lorsqu’ils regardent du contenu sponsorisé.

C’est pour l’instant la star du X Cléa Gaultier qui détient le record de vente sur Pokmi avec une de ses petites culottes qui s’est arrachée pour la somme de 12 000 euros.

Pokmi est à ce jour l’une des rares plateformes décentralisées et fonctionnelles de contenus pour adultes sur la blockchain.

Un tel projet permettrait donc de proposer un modèle plus juste en évitant le revenge porn ou tout autre contenu indésirable sur les plateformes du genre, plus éthique et plus transparent aux créateurs de contenu qui seraient mieux rémunérés. Le projet permettrait également de moins censurer les plateformes en offrant aux adultes un contenu de qualité, unique, sécurisé et authentique grâce à la blockchain et enfin de permettre à certaines actrices de vendre du contenu personnalisé sans passer par une tierce entreprise qui prendrait une grosse commission sur la transaction.

D’après la plateforme le PKN serait le meilleur moyen de changer au mieux l’industrie non censurée « Le PKN est destiné à transformer le monde du contenu numérique vers plus d’éthique, de transparence et d’équité pour les créateurs et les consommateurs, grâce à la technologie Blockchain et aux NFT ». 

De plus, l’usage d’un autre moyen de paiement que les cartes de crédit, permet également au site d’éviter des incidents avec les solutions de paiement comme Visa, MasterCard et autres. De quoi conforter les créateurs de contenus qui ne craindront pas de perdre cette fois subitement leur gagne-pain. Une crainte que l’on a effectivement pu retrouver lorsque OnlyFans, sous la pression de ses partenaires financiers, avait annoncé que le contenu pornographique ne serait plus autorisé sur leur site, avant de finalement se rétracter.

Enfin grâce à la blockchain et la cryptomonnaie, Pokmi résout la problématique de l’accès des mineurs aux contenus pour adultes via le processus de vérification d’identité KYC (Know Your Customers), d’autant plus que, le gouvernement veut rendre obligatoire la vérification de l’âge sur les plateformes pour adultes même s’il est quasiment impossible pour un site de s’assurer de la majorité de ses utilisateurs.

Les cryptomonnaies et l’industrie du charme sont des marchés assez complémentaires et leur association à l’air d’en intéresser plus d’un. Voici quelques autres exemples :

 


CumRocket
dont l’objectif selon les créateurs est de « prendre la pornographie, une industrie de plusieurs milliards de dollars, et la mettre sur la blockchain. »

Dans le white paper de l’entreprise les fondateurs expliquent que le CUMMIES, la monnaie de la plateforme servira à payer du contenu pour adulte mais également à fournir de l’anonymat à ses utilisateurs, qu’ils soient acheteurs ou créateurs de contenus, « ce que certaines plateformes populaires ne fournissent pas ».

Ainsi pour faire sa promotion, Cumrocket a fait appel à un acteur de films pornographiques célèbre afin de la vendre comme « la version crypto d’OnlyFans ».


Nafty
, une société de blockchain qui produit des plates-formes NSFW décentralisées, a voulu se démarquer en diversifiant ses activités avec les trois plateformes qu’elle propose sur un écosystème qui semble être bien complet. NaftyTV est une plateforme privée qui propose de visionner des vidéos à caractère pornographique sous forme de contenu premium accessible par un abonnement mensuel. Pour se démarquer des nombreux concurrents du secteur, Nafty propose une réduction de 50% par rapport aux paiements par carte bleue pour les paiements effectués via la cryptomonnaie de la plateforme, le NAFTY. Bien qu’ils commencent à avoir un large catalogue de contenu, la question reste de savoir s’ils réussiront à faire de gros partenariats comme Pokmi.

NaftyFan, on se demande où ils ont bien pu trouver leur nom, est une plateforme permettant de souscrire directement à l’espace privé d’une personne afin d’interagir avec elle et de voir le contenu qu’elle propose.

NaftyArt, dédié aux NFT sur le thème de l’érotisme est la plateforme  ou des créateurs de contenus, connus ou non, vont mettre leurs NFT aux enchères. NaftyArt vise à fournir une plateforme aux artistes érotiques et aux créateurs de contenu pour adultes pour promouvoir et vendre leurs œuvres sans craindre qu’elles ne soient supprimées ou que leurs comptes soient bannis.

 

Pour conclure, que ce soit dû aux conditions de travail des travailleurs et travailleuses du sexe ou la diffusion d’images volées et diffusées illégalement, de plus en plus d’acteurs font désormais front pour offrir une industrie plus respectueuse et sécurisée.

De plus, les stars de la pornographie, de même que les travailleurs et travailleuses du sexe et du divertissement pour adultes, pourraient se tourner vers les cryptomonnaies pour se faire rémunérer, après avoir connu une série de problèmes avec le système financier traditionnel.

« J’en ai fait les frais sur mon propre site : du jour au lendemain, mon prestataire de paiement m’a dit stop, et je me suis retrouvée sans rien » Nephael, créatrice de contenus érotiques depuis plus de dix ans et ambassadrice de Pokmi.

Pour Jeff Dillon, le directeur du développement de Nafty, l’épisode d’OnlyFans aura été une très bonne campagne marketing.

L’industrie du sexe a ouvert la voie à d’autres innovations sur le web, comme les paiements par carte de crédit, et elle pourrait le faire à nouveau avec les monnaies numériques, le secteur du X pourrait même contribuer à démocratiser le recours aux NFT car l’attractivité du secteur pourrait faire banaliser son usage.

« L’arrivée des NFT sur le marché de contenus pour adultes va clairement contribuer à les diffuser auprès du grand public ». Nils Lataillade, co-fondateur de Pokmi

« La pornographie a souvent été pionnière dans le décollage de nouveaux concepts, qu’il s’agisse de VHS ou de paiement par carte de crédit en ligne, ou même d’Internet… Donc je ne serais pas surprise que ce soit la pornographie qui fasse des cryptomonnaies un courant dominant ». Adreena Winters, actrice X britannique.

Ceci dit, même si d’un côté, elle va aider à contourner certaines des restrictions du système bancaire actuel, certains craignent que les cryptomonnaies n’apportent pas que des bienfaits, mais qu’elles attirent une clientèle recherchant l’anonymat pour des raisons plus immorales.